Cette semaine, en France, 10 000 classes reçoivent un chef, un boulanger ou un agriculteur venu faire goûter aux enfants ce qu’il produit. C’est la Semaine du goût, du 12 au 18 octobre 2026, et toutes les écoles françaises la fêtent depuis 1990.
En France, on organise une semaine pour faire découvrir des saveurs aux enfants. Ici, il suffit de pousser la porte du marché. Votre enfant grandit dans un pays dont toute la cuisine repose sur l’équilibre des saveurs, au milieu de fruits, d’herbes et de plats que ses cousins en France ne connaissent qu’en photo.
L’école ne la fête pas seulement pour le plaisir. Le Code de l’éducation inscrit l’éducation à l’alimentation dans toutes les écoles (article L. 312-17-3), et le guide du ministère de l’Éducation nationale rappelle qu’elle « relève en premier lieu de la famille ». Vous êtes le premier professeur de goût de votre enfant : voici cinq jours pour vivre la Semaine du goût chez vous, avec les saveurs du Vietnam, et ce que chaque jeu lui apprend.

Cinq saveurs en France, cinq vị au Vietnam

À l’école française, on apprend le sucré, le salé, l’acide et l’amer, puis une cinquième saveur, l’umami. La cuisine vietnamienne repose, elle, sur le ngũ vị : chua, l’acide ; cay, le piquant ; mặn, le salé ; ngọt, le sucré ; đắng, l’amer. Un plat réussi les équilibre au lieu d’en laisser une dominer, et la tradition y ajoute cinq couleurs : blanc, vert, jaune, rouge et noir.
Quatre saveurs sont communes. La cinquième fait une belle question à poser à votre enfant : le français compte l’umami, le vietnamien le piquant. Les scientifiques ne rangent pas le piquant parmi les saveurs, c’est une sensation de brûlure ; et l’umami est à chaque repas vietnamien, dans le nước mắm.
Sources : Sài Gòn Giải Phóng (en vietnamien) et Tatler Asia (en anglais).
Cinq jours, cinq saveurs
Chaque jour : une saveur, un aliment d’ici, un aliment de chez vous, un jeu et un mot de vietnamien. Dix minutes au goûter ou au dîner suffisent, et la semaine se vit quand vous voulez.
Une seule règle : on invite, on ne force pas. L’Anses, l’agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, recommande que les parents « ne forcent pas l’enfant à manger, mais montrent l’exemple ». Vous goûtez en premier.
Lundi, le sucré

Une tranche de mangue bien mûre, un verre de jus de canne pressé devant vous au coin de la rue, et en face un sucré de chez vous : du miel, une confiture, une compote. Le jeu : les yeux bandés, classer les trois du moins sucré au plus sucré. Au dessert, un bánh flan, la crème caramel française que le Vietnam a adoptée, cuite à la vapeur et parfois servie sur de la glace pilée avec un filet de café.
Ce que ça lui apprend : à comparer. La dégustation à l’aveugle est le grand classique des classes pendant la Semaine du goût : sans les yeux, il ne peut compter que sur sa langue.
Le mot du jour : ngọt.
Mardi, l’acide

Citron vert, tamarin, carambole, mangue verte : l’acide est partout dans la cuisine du Sud. En face, un yaourt nature ou une pomme verte. Le jeu : le concours de grimaces, photo à l’appui. Au dîner, une canh chua, la soupe aigre du Sud : l’acide du tamarin, le sucré de l’ananas, le salé du nước mắm et le piquant du piment dans le même bol.
Ce que ça lui apprend : à mettre des mots sur ce qu’il ressent. « Ça serre les joues », « ça pique la langue » en disent plus que « c’est pas bon ». Le guide du ministère le dit : « en verbalisant ses sensations alimentaires et en argumentant ses choix, l’élève développe notamment des compétences langagières qui participent à la prise de confiance en soi ».
Le mot du jour : chua.
Mercredi, le salé et l’umami

L’umami est la saveur du bouillon, du parmesan, des champignons. Elle a été nommée en 1908 par le chimiste japonais Kikunae Ikeda, et votre enfant la goûte à chaque repas vietnamien : c’est le nước mắm. L’expérience : une goutte de nước mắm dans un verre d’eau tiède, puis un copeau de parmesan. Qu’ont-ils en commun ? Le jeu : goûter le bouillon d’un phở et deviner ce qu’il y a dedans, anis étoilé, cannelle, gingembre et oignon grillés.
Ce que ça lui apprend : d’où viennent les aliments. Dès le CP, le programme demande de les classer selon leur origine, animale, végétale ou minérale. Le nước mắm, c’est du poisson et du sel ; le parmesan, du lait ; l’anis étoilé, le fruit d’un arbre.
Le mot du jour : mặn.
Jeudi, l’amer

La plus difficile, gardée pour le milieu de la semaine. À goûter en tout petit morceau : le khổ qua, ce concombre ridé qu’on appelle margose en français ; la peau blanche du pomelo ; un carré de chocolat noir. Une histoire à raconter : dans le Sud, beaucoup de familles mangent une soupe de khổ qua au Tết, parce que son nom se lit aussi « la peine passe » (Tuổi Trẻ, en vietnamien).
Ce que ça lui apprend : à apprivoiser ce qu’il ne connaît pas. Se méfier d’un aliment nouveau est normal : l’Anses parle de néophobie alimentaire, « une phase normale du développement » qui commence vers 18 mois et se manifeste surtout entre 2 et 6 ans. Il faut au moins huit présentations pour qu’un tout-petit accepte un aliment d’abord refusé : un « non » jeudi n’est pas une réponse définitive.
Le mot du jour : đắng.
Vendredi, les herbes, les odeurs et les textures

L’assiette d’herbes fraîches du phở ou du bánh xèo : basilic thaï (húng quế), menthe (húng lủi), périlla (tía tô), coriandre vietnamienne (rau răm), coriandre longue (ngò gai). Le jeu : le loto des odeurs. Les yeux bandés, on sent une herbe, un bâton de citronnelle, un morceau de gingembre, et on devine. Puis les textures, que le vietnamien nomme mieux que le français : giòn, le croustillant du bánh xèo ; dai, l’élastique des perles de tapioca ; mềm, le fondant ; et bùi, sans équivalent en français, le goût rond et doux de la cacahuète grillée ou de la patate douce.
Ce que ça lui apprend : que le goût passe par tous les sens. Dès 4 ans, le programme de l’école maternelle demande d’associer chaque sens à son organe : le nez et l’odorat, la langue et le goût.
Le mot du jour : bùi. Demandez-lui d’en inventer la traduction.
Le week-end, au marché, puis à table avec des amis

Samedi matin, au marché de votre quartier, une seule mission : choisir un fruit jamais goûté et demander son nom à la marchande. Fruit du dragon, pomme-cannelle, fruit du jacquier : à la maison, on le coupe, on le goûte, on le décrit avec tous les mots de la semaine. Et la goyave se goûte à la vietnamienne, trempée dans le muối ớt, le sel pimenté : sucré, acide, salé et piquant dans la même bouchée.
Dimanche, un goûter du monde. Hô Chi Minh-Ville se parcourt comme un tour du monde, alors invitez une famille de la classe : chacun apporte ce qu’on mange au goûter chez lui, kimbap, onigiri, pain au chocolat ou bánh da lợn.
Ce que ça lui apprend : selon l’Anses, voir un aliment au marché, le toucher, le sentir, le cuisiner le rend familier « sans nécessairement le faire goûter », et l’exemple des autres enfants compte, pas seulement celui des parents. Le guide du ministère le résume : « l’alimentation est un patrimoine vivant, une culture commune faite de partage et d’échanges ».
Et à l’école ?
À l’École française internationale Boule et Billes, le goût ne s’apprend pas qu’une semaine par an. À la cantine, votre enfant mange chaque jour une cuisine française, vietnamienne et du monde, préparée sur place avec des produits frais. Et cette semaine, chaque jour a sa couleur et son émotion, empruntées à La Couleur des émotions, l’album d’Anna Llenas très lu en maternelle : le vert de la sérénité lundi, le bleu de la tristesse ou le rose de l’amour mardi, le rouge de la colère mercredi, le jaune de la joie jeudi. Les enfants sont invités à venir habillés de la couleur du jour. À la maison, prolongez le jeu : quelle émotion lui donne la mangue ? Et le khổ qua ?

Boule et Billes accueille les enfants de 6 mois à 11 ans sur ses deux campus de Thảo Điền et Bình Thạnh, en trois langues, et suit de la maternelle au CM2 les programmes de l’Éducation nationale, avec l’homologation de l’AEFE. Si vous cherchez une école française qui éveille aussi le palais, venez la voir un jour ordinaire : réservez une visite.
Et chez vous, quelle saveur a fait la plus belle grimace, ou le plus grand sourire ? Racontez-le-nous en commentaire.
Chúc cả nhà ngon miệng : bon appétit à toute la famille.




